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Madagascar - Part 2 - Le raid

Album photos du cadre: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19848.html
Album photo du raid:  http://www.blogg.org/blog-37695-album-19849.html

Jour 1 :
Aussi irrationnel que cela puisse paraitre, je reprends la numérotation à compter de l'arrivée sur l'Ile de Nossi Be du reste du Club des 5, à savoir Chantal et Philippe, Alain et Gaël. Sans vouloir manquer de respect aux autre participants du raid (que je ne connais pas encore à ce moment l), ces 4 là constituent une condition nécessaire et suffisante pour qu'il y ait raid. (Ca changera par la suite mais je ne le sais pas encore à ce oment là.) Le raid n'est ni une question de bivouac ni de navigation, c'est avant tout une ambiance et un état d'esprit.
Les retrouvailles sont bordéliques et euphoriques. Je suis postée à coté d'un grand type habillé en orange fluo et qui arbore un superbe panneau avec les noms de famille des 4 mousquetaires mais c'est quand même moi que ces derniers repèrent immédiatement. Ce qui flatte mon égo et détruit celui de mon camarade malgache. En représailles, il nous sépare le temps du transfert vers le Chanty Beach, à 40 minutes de voiture de l'aéroport. Gaël, Alain et moi sommes affectés dans un véhicule et Chantal et Philippe dans un autre. Le temps d'un stop au milieu des champs de Ylang Ylang, nous sommes à nouveau réunis, pour de bon ce coup-ci.
En dépit de la fatigue généralisée et évidente, la traversée vers Nossi Sakatia se fait dans un joyeux chahut, un peu inquiet malgré tout car nous ne sommes pas très surs que notre capitaine soit en train de nous emmener à bon port. Il a été copieusement enduit avec plein d'erreur par certains d'entre nous et le risque de nous retrouver au mauvais hôtel n'est pas nul. C'est au port altier et l'élégance légendaire de Marco qui nous attend sur la plage que nous comprenons avec soulagement que nous sommes bien sur la bonne voie. Je lis une certaine inquiétude dans son regard. S'il nous reconnait bien, sa réaction tient plus du « ouh j'avais oublié que c'était une bande de bras cassés » que du « chouette, j'ai une équipe de pros ».
Nous affrontons la première épreuve d'immunité de notre Koh Lanta personnel : le cocktail d'accueil avec ou sans rhum ? La réponse est unanime, collective et positive : avec bien sur ! C'te question...
Nous consacrons l'après midi à une découverte du coin en kayak de mer. Les degrés de maitrise et de compétence dans la manœuvre dont divers mais notre flottille a fière allure alors que nous traversons les mangroves avec le professionnalisme d'une unité de service spéciaux. La ressemblance s'arrête au fait que nous nous abstenons de bruler quelque paillotte et rentrons pour prendre l'apéro. La vie est une question de priorités.
Commence ce soir-là une longue série de verres que nous nous obstinerons à appeler Caipirinha même s'il s'agit en réalité de CRS. En effet, c'est bien avec du rhum et non de la cachaça que nos verres sont préparés. Or, si je ne suis pas raciste, j'aime la précision éthylique. Je rappelle que la cachaça est distillée à 40° direct et conditionnée telle quelle alors que le rhum est distillé à 65-75° (voire 90° à Mada), vieilli en foudres de chêne puis ramené aux degrés souhaités par addition d'eau de source. C'est comme ça : il y a certains trucs sur lesquels je ne suis pas prête à transiger.
Une fois l'apéro bu, nous prenons l'apéro (bis repetita placent...) puis passons à table pour faire honneur aux petits plats de Pompon – dont l'état civil officiel est resté un mystère – et les accompagner de notre nouveau vin fétiche, le Versus, un petit rouge étonnamment servi froid, légèrement fourbe sur le degrés  mais globalement bien sympathique. Le patron  commet l'erreur de nous proposer du rhum arrangé en digestif et nous en tombons deux bouteilles avant de rejoindre Party Central, près de nos quartiers. Tout le personnel est allé se coucher et nous nous chargeons donc d'éteindre les lumières du restau avant de le quitter, non sans avoir embarqué quelques citrons verts et autant de verres. Nous avons en effet prévu quelques bouteilles de rhum de notre coté et nous ne voudrions pas qu'elles se sentent seules. Bilan de l'after : une bouteille décédée et une autre grièvement entamée. Nous décrétons que cette soirée de retrouvailles est une réussite et allons nous coucher.
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Jour 2 :
Les levers sont étalés sur une tranche horaire allant de six à onze heures. Le ciel est légèrement couvert mais, comme le disait Kennedy à Luther King : « il ne faut pas se laisser abattre ».  D'ailleurs, les renforts arrivent en les personnes de Fanny et Jean. La tension est à son comble lorsque le cocktail d'accueil leur est proposé mais nous sommes rassérénés par leur réponse au dilemme qui leur est posé. Ils sont des nôtres. Ils ont bu leur verre comme les autres. Bonne réponse, vous pouvez rester. La tension descend d'un cran.
Nous prenons donc notre petit déjeuner et assistons avec circonspection et inquiétude, à la mise en place du buffet. Notre camp de base est en effet connu pour ses buffets dominicaux qui attire toute la jeunesse dorée malgache et, de manière moins heureuse, une population de vazaha installés à Madagascar avec des « épouses » de la moitié de leur âge.  Cette foule hétéroclite vient profiter du cadre et de la bonne cuisine et boire des verres au son de / en dépit de l'orchestre du coin (rebaptisé le Sakatia Big Bang) dont les performances musicales sont inversement proportionnelles à leur alcoolémie, elle-même étroitement corrélée à l'heure. Nous décidons de fuir ce massacre, non sans avoir mendié deux bananes pour le déjeuner de Chantal qui boycotte le buffet. Le chanteur du groupe commence une série de chants solo pendant que son orchestre se désaltère. Lorsqu'il attaque Bob Marley (le terme n'a jamais été aussi bien choisi), nous battons en retraite. Notre fortitude a des limites.
Gaël et Alain choisissent l'option kayak tandis que deux équipages se lancent en Hobie. Chantal, Philippe et moi d'un coté et Fanny et Jean de l'autre. Deux HC18 à mettre à l'eau sous le regards amusé et légèrement halluciné de la population locale.
Je renoue avec la tradition qui exige qu'il y ait baignade le premier jour en me foutant à l'eau toute seule comme une grande. Suite au blocage de came du safran du flotteur sous le vent, j'ai en effet voulu faire une intervention et, ne sentant pas ma force, m'élance avec un peu trop d'inertie sur le trampoline. Je réalise alors qu'à la différence des 16, il n'y a pas de plein d'appui pour m'arrêter et finis donc ma course dans l'eau, les bras autour du flotteur et refusant de lâcher le bateau. La situation est fort bien résumée par Fanny dont le bateau nous dépasse (« Tiens, elle est dans l'eau »), Philippe évalue la gravité des circonstances, envisage de me finir à coup de pagaie mais il finit quand même par pousser la barre et choquer, ayant réalisé que contrairement à une légende populaire, je ne suis pas en fait un superhéros et je ne peux donc pas remonter en marche à la seule force de mes petits bras. Forts de cette première cascade, nous nous lancerons dans quelques manœuvres assez osées et plus ou moins maitrisée. Nous rentrons bientôt, désireux d'éviter la pétole qui accompagne les couchers de soleil tropicaux mais il nous faut bien dix minutes pour réaliser que nous nous sommes trompés de crique. Un petit coup de rame plus tard, nous sommes sortis de la dévente et rejoignons nos pénates, l'air détaché, comme si rien ne s'était passé. 
Après de nécessaires ablutions, nous nous rendons comme requis par la tradition au Party Central pour un premier apéro, suivi bien sur de son petit frère au bar du restaurant. Pendant le diner, nous réalisons avec horreur que nous n'allons pas tenir la semaine avec nos provisions (il reste une bouteille de rhum blanc, une demi de rhum arrangé, un whisky et un pastis). Nous fomentons donc un complot et prévoyons une mission vers Hellville pour le lendemain. La liste des commissions : du rhum, de la cassonade, des cahouètes et un déo (...). Rassurés par une solution prochaine à nos craintes de pénurie, nous buvons derechef notre traditionnel Versus et nous retrouvons sur la terrasse, histoire d'être surs qu'on épuise bien les stocks existants.
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Jour 3 :
Lever tôt pour changer. J'attends quand même  le dernier moment pour réveiller les membres du commando Dzama. A ma grande surprise, les réactions sont plus ou moins immédiates et nous sommes prêtes à l'heure convenue pour notre traversée. Le bateau n'est pas prêt, lui, mais il faut savoir ne pas être trop regardant. Notre première étape à Hellville est le marché que nous traversons avec l'air serein, comme si c'était notre marche habituel du samedi matin. L'expérience est visuellement impressionnante, émotionnellement touchante et... physiquement envahissante. En bonnes européennes, nous ne sommes pas habituées à être si près des gens (à tous les sens du terme) ni à toucher de la sorte des gens que nous ne connaissons pas. On peut apprendre beaucoup sur une culture en traversant un marché. Ici les gens n'ont pas peur du contact avec les autres mais ils gardent un grand respect (une distance ?) , a fortiori vis-à-vis des Vazaha. Globalement, c'est une expérience qui pousse à l'humilité quand on prend conscience, entre autres, des conditions d'hygiène dans certains coins – disons que la chaine du froid est un concept très abstrait.
Nos courses faites, nous rentrons vers le Chanty Beach pour y prendre le bateau. Sur la plage, nous rencontrons Elisabeth et Xavier, qui contrairement à une idée largement répandue, ne sont absolument pas un couple. La concomitance de leur arrivée est en fait une coïncidence. Ils passent eux aussi haut la main le fameux « test du rhum ». Nous suivons avec attention le briefing de Marco sur notre itinéraire et l'énumération des différents bivouacs puis le groupe, enfin au grand complet, peut commencer à prendre ses marques lors d'une navigation autour de Sakatia. J'en profite même pour prendre la première leçon de voile de ma vie puisque je navigue sur le Formula avec Marco. Une occasion de découvrir des trucs totalement fous comme la sortie au trap' quand on est à la barre. Bonheur... Pendant qu'il juge avec l'œil de l'expert la qualité des différents équipages, je joue donc à l'oiseau barreur et arbore un grand sourire, certes pas totalement inhabituel mais clairement plus marqué qu'à l'habitude. A notre retour à la base, après quelques réparations à droite à gauche, nous allons passer nos habits de lumière pour cette dernière soirée terrestre.
Rhum, versus et re-rhum coulent à flot et viennent lubrifier les rouages bien lancés de l'intégration des petits nouveaux. Se forme alors un bon esprit de groupe avec un beau collectif, un vrai engagement physique, une belle générosité de jeu et une solidarité dans l'effort qui n'auraient pas fait rougir M. Laporte. Entre autres, Gael nous réjouit d'une démonstration théorique et mimée de l'envoi de spi. Indescriptible. Chacun rejoint ses pénates avec les neurones anesthésiées mais un sourire aux lèvres. Ça va être bien.
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Jour 4 :
Au bout d'un moment, faut quand même commencer à faire ce pour quoi on est venu (c'est-à-dire porter des bateaux et des sacs, manger par terre en se faisant bouffer par les moustiques et les mocafohy et boire du rhum chaud dans des gobelets en alu à la lueur d'une lampe à gaz chuitante). Le chargement du bateau est assez comique car la chaine s'interrompt soudain et il ne se trouve à peu près que Jean et moi-même pour faire passer les poulets.  La raison est peut être qu'il est difficile de trouver de la glace à Mada et que pour  garantir leur fraicheur à la consommation, lesdits poulets sont en fait vivants. Une fois le teufteuf chargé, nous nous lançons à l'assaut des 36 miles qui nous séparent de la Baie des Russes. Corinne rejoint Marco et moi sur le Formula et c'est parti ! En dépit d'un vent molasson (qui tente de se rattraper sur la fin), la navigation fait bien plaisir et est entre autre l''occasion d'une belle démonstration de mauvaise foi de la part de Marco. Après deux heures de monologue sur les mérite comparés de Mada et la Sierra Léone puis l'exposé de ses impressions dans le débat Afrique vs Asie., en passant par le descriptif circonstancié des cas sociaux les plus revêches qu'il a connu en 20 ans de guidage, il explique aux autres équipages que nous sommes bavardes et qu'il a « radio lavoir en stéréo ». L'époisse qui dit au kiri « tu pues »...
Nous reprenons nos marques pour vider le matos du teufteuf et tout poser sur la plage puis, après longue hésitation et multiples changements d'avis, nous montons le camp sur une base 50% sur les trampo, 50% sur le sable. Mao, Mika et Tso Tso nous régalent d'un diner à base de crabes et langoustes. Dans la vie, il est important d'apprécier les plaisir simples...
C'est aussi le début de la tradition qui veut qu'Alain, Fanny et moi soyons les derniers couchés. Le terme ne s'applique d'ailleurs pas vraiment puisqu'à la suite d'une urgence sanitaire dans le groupe et fidèle à ma vocation de Saint-Bernard, je finis la nuit en mode « veille médicale » à surveiller le passage éventuel de sangliers sur une plage où j'ai précédemment fait s'allonger les victimes de la Savarine hors repas. J'y monte donc la garde en m'exclamant avec cet enthousiasme qui me caractérise à chaque fois que passe une étoile filante. A cinq heures, je sonne la retraite stratégique en tente. A six, je décide de me lever...
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Jour 5 :   
Début de journée en fanfare avec la démonstration par Marco de la manœuvre d'envoi de spi. Nous sommes tous goguenards suite à celle de Gael et explosons carrément quand Marco explique que la voile doit être gonflée « comme un soutif » Je m'enquiers de savoir que l bonnet mais n'obtiens pas de réponse. A postériori, je crois que la réponse est un bon C ou un petit D. Puis c'est le faux départ pour cause de déhookage de GV pour le formula et de fracture de la barre de liaison pour Jean et Fanny. Les réparations faites, nous repartons, plein de motivation mais victime d'un vent trop léger.  Nous longeons malgré tout une cote superbe, faussement déserte comme c'est souvent le cas à Mada et qui nous donne déjà les idées les plus folles sur le thème « On rentre pas à Paris on s'installe ici. » Notre arrivée à Martoum est haute en couleur, en particulier pour l'équipage du Las Baleinas qui nous offre un freestyle du plus bel effet pendant que Xavier et Elizabeth battent le record du monde de sprint avec cata.  Le record ne pourra hélas pas être homologué faute de la présence d'un juge assermenté à cet effet.
Notre traditionnelle séance de musculation-portage terminée, nous allons « visiter » le village  (une conurbation de 400 habitants avec toutes les commodités modernes y compris un vidéo club) puis nous explorons l'autre coté de la plage jusqu'à une mangrove de fort bon aloi mais infestée d'insectes piqueurs hyperactifs (huit piqures en 2 orteils, qui dit mieux ?) Nous jouons aussi à ramasser des coquillages en tout genre. A notre retour, nous remarquons, non sans inquiétude, que la zone qui nous a été indiquée par Marco comme étant les toilettes (ou en tout cas le bosquet réservé à cet effet) se trouve être inaccessible à marée haute. Cependant, nous sommes apaisés dans notre anxiété : le rhum et le versus sont décidément la réponse à tous les problèmes.
L'after est écourtée par l'arrivée impromptue et très naturelle de nos marins-pêcheurs-cuisiniers qui sont allés en ville taquiner la belette et y ont cueilli les roses de la vie façon « ne vous fatiguez pas à faire le papier cadeau, c'est pour consommer tout de suite. » Ils nous saluent fort courtoisement avant de rentrer dans les tentes avec leur charmante compagnie. A quatre dans une tente Décathlon pour 2, leurs activités sont un peu à l'étroit. Aussi nous éloignons nous, un peu gênés, avec la discrétion  et la courtoisie qui nous caractérise...
Le lendemain matin, alors que le camp dort (sauf l'insomniaque résidente...), ces dames empruntent le chemin retour pour rentrer au village et me gratifient d'un petit coucou alors que je fais mon possible pour ne pas avoir les yeux qui sortent de ma tête façon Tex Avery.
<o:p> </o:p>Jour 6:  
« Alors aujourd'hui je vous préviens. Ceux qui me suivent pas, y sont mort. Vous lancez le spi quand je le lance et vous affalez quand j'affale. » C'est sur cette base peu engageante mais qui a le mérite de la limpidité que Marco nous briefe sur la navigation du jour. Fanny, déjà traumatisée par les jours précédents où elle a essuyé des salves d'information à haut volume sonore, anticipe avec horreur les évènements à venir et reste prostrée un moment pendant qu'Alain et Chantal décident de naviguer ensemble, faisant ainsi des infidélités à leurs partenaires de navigation respectifs. 
L'occasion pour Philippe de faire des cascades avec notre Rodriguez résident puisqu'il réalise avec Gaël une figure tout en cambré-volé qui reçoit les félicitation du jury de l'équipage du Formula qui décerne un 5.5 en technique mais 6.0 en artistique. Le demi point de technique sanctionne la perte d'une casquette avantageusement remplacée par un bandana orange qui vient compléter le total look mandarine de Philippe. Chantal n'est pas en reste pendant sa navigation avec Alain. En particulier, ils visualisent de près le 4ème frère (un joli pain de sucre). A dire vrai, ils le voient à une distance raisonnable mais Marco ayant une tendance légère à la dramatisation (euphémisme de la semaine) , les équipières du Formula assistent à la scène avec une certaine tension. Heureusement, Jean détend tout le monde en nous expliquant que s'il crie sur Fanny pendant les manœuvres, c'est parce qu'elle ne parle pas assez fort. Un représentant de la Fédération Internationale de la Mauvaise Foi arrive à la nage pour délivrer à Jean son titre de champion du monde.
Après toutes ces émotions, le mollissement du vent est presque bienvenu et les arrivées se font en ordre assez dispersé sur une plage superbe où nous accueille un chef de village tout en déférence et en amabilité. Il propose même la vente d'u terrain alentour. A méditer.
Je m'amuse un bon moment  avec un atelier base ball tropical improvisé à base de bébé noix de coco et d'un bâton trouvé dans le coin tandis que le reste du groupe se repose à l'ombre. En bonne osthéo, Fanny prend en charge le dos d'Alain et le plie et le déplie jusqu'à ce qu'il ne soit plus froissé. Il dinera quand même en grande partie debout. Je l'ai toujours dit que le sport était mauvais pour la santé.
Nos amis malgaches nous régalent une fois de plus et  nous continuons nos libations à peine interrompues par le presque décès d'Elisabeth qui avale de travers une cahouète et  est sauvée de la fausse route et d'une mort certaine par Chantal qui réalise une manœuvre de Heimlich (Note : cette anecdote est décrite sur la base des information fournies par leurs protagonistes présumées puisque je m'étais à ce moment là éloignée de la « salle à manger » pour récupérer un snap light et ma frontale).  Le coucher se fait graduellement et les trois couche-tard rendent les armes après une tentative d'observation des étoiles filantes gâchée par le passage d'un nuage inopiné.
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Jour 7:  
Au risque de laisser ce résumé tomber dans le scatologique, mes responsabilités de chroniqueuse du groupe m'imposent de raconter le comique d'une saynète assez comique qui s'est jouée près de mon habitation, située ce jour-là en bordure de campement. Madagascar se caractérise par le grand nombre de fadys (c'est à dire tabous) qui y règnent. Si certains sont généraux, certains sont très localisés et très spécifiques. En l'occurrence, à Khisman, il est tabou de faire ses besoins naturels ailleurs que dans la mer. C'est ainsi que j'ai vu défiler devant moi les membres de notre groupe qui rentraient, la mine défaite, de leur passage aux toilettes qu'ils m'annonçaient (sans que j'aie particulièrement posé la question) comme ayant été infructueux. Les limites de notre éducation d'hommes modernes sans doute.
Nous quittons Khisman, toujours, dans la pétole et nous retrouvons au remorquage au bout de quelques minutes. Une occasion de bronzer et / ou dormir  pour les plus fatigués. Les plus hyperactifs d'entre nous gèrent comme il peuvent ces 2h30 d'inactivité forcée. Juste au moment où j'envisage l'autodécapitation au coupe ongle, Marco annonce le décrochage des bateaux et nous naviguons lentement mais sainement vers Tanikely, l'ilot – réserve sous marine. plus tard, Au bout de quelques temps, Après un rapide déjeuner, nous rejoignons le phare (hors service) qui trône au milieu de l'ilot où la vue spectaculaire nous fait oublier l'absence de lémuriens. Les plus vertigeux sont réjouis de la grande qualité des marches qui mènent en haut du phare et qui n'attendent qu'une demande polie pour se desceller. A ma grande déception, le Père Fourras  n'est pas présent en haut de la vigie. Nous redescendons pour profiter du temps imparti pour faire un peu de snorkeling avec un enthousiasme variable. Assez rapidement nous croisons une tortue de mer qui réjouit tout le monde et donne le signal du retour pour la majeure partie du groupe. Nous repartons à l'heure dite pour une jolie navigation, le vent s'étant levé et offrant de quoi se faire plaisir. Mêmes les bretons qui en ont vu d'autre ont l'air réjoui.
L'arrivée à Nossi Komba est un bonheur en dépit des blocs de granit qui jonchent l'embouchure du port en attente d'être acheminés vers Nossi Be. Nous faisons un peu figure d'envahisseurs avec nos bateaux et tout notre matos et avons tôt fait de déloger les rares touristes du coin. Une fois les tentes montées, je suis traquenardisée par Xavier qui, sous couvert de faire plaisir à un gamin me place dans une situation délicate dont je ne peux me sortir qu'après 45 minutes à prendre des photos des enfants du cru et les leur montrer. C'est donc avec un léger retard que Elisabeth, Fanny, Xavier et moi rejoignons le groupe maillot jaune qui est déjà installé, ablutions faites, à la terrasse de chez Yolande pour un apéritif à la THB.
Une fois de plus ce dernier est suivi d'un diner qui traine un peu en longueur. Les trois couche tard tentent de convaincre le reste du groupe de regarder les étoiles filantes mais l'effectif s'amenuise rapidement, sans doute en prévision de la grosse journée à venir.
 
Jour 8:  
Lever de soleil incroyable. Certains des raiders passent la tête  et regardent, contemplatifs et silencieux. On se salue de la main à quelques mètres de distance. Il y a des moments où il faut savoir se taire et cet instant-là en est un.
La majorité du groupe part en balade dans l'intérieur de l'ile, histoire de visiter. La route est accidentée comme souvent dans ces cas là et le rythme soutenu. Comme nous sommes une bande de bras cassés (ou en tout cas genoux cassés), nous nous inquiétons un peu quand nous abordons une descente lisse comme un cul de bébé avec peu ou pas de points de rattrapage manuel. Mais nous prévalons et profitons de points de vue exceptionnels et d'une grande variété de paysages, assez inattendu pour une ile en réalité assez petite. Il est dommage de ne consacrer que si peu de temps à une balade qui mériterait plus de temps pour être mieux appréciée.
Nous arrivons à nouveau au port où nous rejoignons Chantal, Philippe et Gaël, attablés et sereins chez Yolande. A les entendre, ils auront l'occasion de découvrir l'intérieur des terres à loisir puisqu'ils sont en train de développer le business plan de leur futur restaurant. Curieusement, chaque groupe est convaincu d'avoir mieux profité du moment que l'autre et c'est très bien comme ça. Nous réalisons une session shopping qui tient plus du blitzkrieg que de la visite raisonnée et successive de commerçants puis nous repartons à la mi journée pour notre dernière navigation.
Le vent monte peu à peu et est suffisamment fort pour permettre des sorties au double trap'. Grand moment à peine perturbé par les interjections rageuses de Marco, très déçu par notre jeu de voiles et assez vexé de se faire dépasser, en particulier par Elisabeth et Xavier, très à l'air dans leur rôle de lièvre officieux. Les garçons sont goguenard car il font plus de cap que le formula mais ils sont trahis par le matériel puisque le chariot rend l'âme. Juste dernière nous Chantal et Philippe ont une grande classe, tous deux au trapèze avec leurs bandana coordonnés aux couleurs des tic tac orange – citron vert. Jean n'ose pas tenter le double trap et joue la sécurité , clairement préférable vu le niveau de fatigue général. Il n'en reste pas moins que  cette navigation est, comme fort bien résumé par Fanny, « un grand plein d'émotions ».  Nous arrivons à Sakatia ravis mais déjà un peu tristes. Nous revenons à terre et à la réalité : chaque seconde nous rapproche de la fin. Du coup, nous profitons de chaque instant et nous assurons de ne pas rater cette dernière soirée. Rhum et Versus sont à nouveau convoqués pour accompagner nos interminables discussions. Notre dingologue résidente donne quelques bribes de ses analyses, nous réfléchissons aux prochaines étapes et prenons rendez-vous pour prolonger un peu la magie. Nous échangeons nos adresses email et nous promettons de prochaines retrouvailles. Nous sommes comme des enfants qui rentrent de colonie de vacance et qui n'arrivent pas à se séparer.
Dans mon univers à moi, lorsque les enfants cachés au fond des adultes se réveillent et reprennent le dessus, c'est qu'ils viennent de vivre quelque chose de rare et de pur. Je me dis aussi qu'il ne faut pas être triste parce que ça va s'arrêter. C'est toujours ça de pris et autant de bonheur qui aurait pu nous passer à coté.  Nous savourons dans l'urgence, conscients à la fois de la fin qui approche et de la beauté du moment.
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Jour 9 :
Je ne décrirai pas le dernier jour en détail. Il est trop empreint de préoccupations logistiques navrantes et de soucis pratiques tristement terre à terre. L'ambiance est morne. Le raid termine et les effets commencent à s'estomper. Alors que nous sommes en phase de redescente, le manque s'installe déjà. D'un coup, alors que la réalité reprend ses droits, nous ressentons tout : la fatigue, le mal au dos, les effets pervers du Lariam. D'un coup, trop tôt, c'est l'heure de partir avec la navette pour rejoindre l'aéroport. Le début de la fin pour de vrai pour Xavier et moi qui prenons le même vol... Je rate mes « au revoir » comme je le fais souvent quand j'ai l'impression de ne pas vraiment partir et que j'ai la conviction que ce n'est pas un départ mais seulement une suspension de séance. Les raideurs s'alignent sur la plage pour nous dire au revoir.  Ils sont tous cote à cote mais chacun a l'air un peu esseulé dans un mini cafard – coup de barre.
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Synthèse. Nous avons longuement débattu des mérites respectifs du raid aux Seychelles et de celui de Mada. Ma réponse est cohérente avec le reste du groupe mais pour d'autre réponse. Pour moi les Seychelles nous ont touché aux tripes parce que c'était notre premier raid et elles garderont le privilège de la nouveauté et de l'exclusivité. Ce ne sera plus jamais la première fois que je bivouaque sur mon cata. Il y aura toujours quelque chose de séminal dans le raid des Seychelles. En revanche, le raid de Mada nous a pris au cœur. Nous avons aimé parce que nous avons jugé et choisi d'aimer. Nous avions une base de comparaison et nous savons pourquoi nous avons aimé. Accessoirement, dans mon cas, j'ai mieux profité.
J'ai moins ressenti le besoin d'avoir les yeux grands ouverts et de tout absorber et j'ai eu plus de temps pour avoir le cœur grand ouvert, le sourire au bord des lèvres et parfois aussi les larmes au bord des yeux. Les cyniques peuvent ce moquer de cet instant de lyrisme. Que celui qui n'a jamais revécu des instants avec émotion me jette la première pierre. Ou plutôt qu'il se fasse connaitre parce que c'est vraiment triste pour lui.
Il ne faut pas passer à coté de moments exceptionnels comme ceux-là. Il ne faut pas non plus oublier que la vie est belle.
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